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“La musique c’est une religion à la maison” – Rencontre avec Lionel Grob

Lionel Grob aime jongler avec les mots, pour rire, pour remettre les pendules à l’heure ou pour partager des tranches de sa vie. Le 8 juin dernier sortait son nouvel album : Plages. On y retrouve un Lionel Grob, certes un poil plus gris, mais surtout plus rock qu’à l’habitude.
Nous sommes allé à la rencontre de ce raconteur de chansons pour parler metal, histoires de famille et nécromancie.

4 ans après “Mappemonde”, tu es de retour avec un nouvel album “Plages” qui, selon nous, sonne un poil plus rock et même plus vénère. Tu t’attaque aux multinationales, à la manif pour tous, aux théoriciens du complots, pour ne citer qu’eux…Lionel Grob est-il devenu punk ?

(Rires) On tous quelquechose en nous de Joe Strummer ! Bien sûr, j’espère avoir gardé de mes jeunes années à écouter les Béru, les Clash et Renaud une capacité à l’impertinence et l’irrévérence, ce sont les armes des désarmés, des petits, des fous et des saltimbanques. J’ai toujours écrit en conscience, mais je ne suis pas là pour donner des leçons, je tourne en dérision dans mes chansons certaines puanteurs du monde. Mais j’essaye de le faire avec un peu de légèreté et de malice. Et pour ce nouvel album je voulais revenir un peu à des sonorités plus rock, à ce que j’ai toujours aimé.

Avec le titre “Strasbourg” tu fais le point sur les choses qui te plaisent et te déplaisent dans la capitale européenne. Mais est-ce que tu te souviens de ton premier concert à Strasbourg ? Tu nous raconte ?

Je crois que mon premier concert à Strasbourg est un concert où j’étais suspendu à 10 mètres du sol avec un baudrier. C’était avec mon groupe de lycée : Les Vaches Psykédéliks. C’était un concert dans le cour du lycée des Pontonniers et le guitariste, le claviériste, et moi au chant et à la basse, on était en suspension devant la façade, et le batteur était sur un échafaudage. Donc techniquement, mon premier concert à Strasbourg n’était pas sur le sol de Strasbourg, mais dans son espace aérien.

Tu as écris une chanson qui parle d’un hardos pleine de références à la scène rock et metal. Un joli témoignage de ton amour du grunge et du metal. Tu as commencé la musique avec le metal ? C’est quoi ton album de metal ultime ?

J’ai commencé la musique avec un rock déjanté prog-ska, on était inspiré par Zappa, Mr Bungle, Raoul Petite, les VRP… Mais on avait pas trop les compétences techniques pour rivaliser. Ensuite, j’ai monté des projets rock, un peu metal. Comme j’ai toujours été très attaché au textes et en français, je me suis adouci pour mieux faire passer mes textes. Mais j’ai toujours écouté du metal et du progressif, la grande claque c’était Metallica, évidemment l’album Master of Puppets. Vocalement pour moi les patrons, c’est Mike Patton, Eddie Vedder et Chris Cornell. J’adorais aussi la période Fish de Marillion… et puis pour citer encore un magnifique album, c’est Damnation de Opeth, doux et sombre, enfin tout Opeth quoi !

Ta fille et ta femme chantent sur ton disque. Ta musique est elle devenue une affaire de famille ? Quand on est papa et chanteur, on passe souvent pour un blaireau aux yeux de nos enfants parce qu’on utilise pas autant d’autotune que Jul. Comment s’est passé la rencontre entre ta musique et ta fille ?

Oui, j’aime bien embarquer ma famille dans mes conneries ! Mes gamins s’abritaient dans les flight cases de la grosse caisse et de la contrebasse au bord de la scène quand on jouait des plein airs où ils pleuvait. La musique c’est une religion à la maison. Une des dernière messe qu’on a célébré en famille, je crois que c’était UltraVomit à la Laiterie, où, tous les 4, on a kiffé un peu de bon goût à la française !

Ma fille Zia, elle a commencé la musique très tôt en chantant à la Maîtrise de l’Opéra du Rhin. Elle a même fait des apparitions solo dans des opéras, où elle avait un petit rôle, mais elle chantait, seule quelques phrases, sa petite voix sous les lustres et les velours de l’opéra. T’imagines ma fierté ! Et en même temps, à la maison, je lui faisais écouter du rock, du gros metal qui tache, de la chanson française comme Pauline Croze ou Philippe Katerine, un soupçon de rap aussi mais bon ne lui parle pas de Jul ! Elle est plutôt Rival Sons, Amy Winehouse, Foo Fighters…

Si tu pouvais ramener un musicien ou une musicienne célèbre à la vie pour partager la scène avec lui ou elle le temps d’une soirée, tu prendrais qui ?

Ah merde, c’est dur de choisir… Je crois que je ferais un festival de l’au-delà avec Bashung, Chris Cornell, Amy Winehouse, Cliff Burton, Jeff Porcaro… et aussi France Gall, Gainsbarre… et puis Kurt Cobain pour faire plaisir à ma femme et ma fille… Bon j’en oublie… Mais franchement vaut mieux aller voir les artistes tant qu’ils sont vivants, et ça tombe bien, y’a plein de chanteurs qui n’ont pas encore le pied dans la tombe, allez les écouter !

Tu partage ton amour des mots sur tes disques mais aussi à travers des ateliers pédagogiques que tu anime. Tu peux nous en parler ?

Exact, en 2015 lors d’un petit festival, j’accompagnais une conteuse avec ma gratte, et j’ai joué quelques uns de mes titres devant une poignée de fous n’ayant pas peur de la canicule et l’un de ces spectateurs était prof de musique en collège. Il me dit qu’il veut faire des ateliers avec moi, pour écrire des chansons avec ses élèves et c’est comme ça que c’est parti !
Depuis, je fais écrire et composer des gamins de 8 ans à 88 ans. J’ai bossé avec des gosses, des jeunes ados, des jeunes en difficultés, des adultes. A chaque fois, l’idée est d’écrire des chansons, de les composer ensemble, de les chanter et de les enregistrer et de monter sur scène.
J’adore transmettre cette viscérale passion des mots, des chansons, rechercher la poésie, l’humour, le second degré… Inventer des chansons… En fait rien ne devrait être aussi important que la fantaisie !
Depuis 2016, mes ateliers, c’est une chaîne Youtube* avec plus de 60 000 vues , plus de 60 chansons créées, dont des dingues, des drôles, des émouvantes, des belles, des réussies… et même quelques ratées aussi, mais chut ça faut pas le dire !

Tu participe à l’hommage à Jacques Higelin lors du festival Summerlied. On peut imaginer que c’était important pour toi de participer à cet hommage à un autre amoureux des mots ? Quel morceau de Higelin t’a le plus marqué ?

Higelin, je l’ai découvert tard, bien sûr je connaissais ses grands tubes mais en me plongeant dans ses titres, on sent la liberté qui respire dans ses textes et ses musiques, ce côté foisonnant et bordélique. C’était une théâtralité et une intensité folle sur scène. c’est un conteur, et moi sur scène je me revendique un peu de cette lignée : conteur de chansons.
Le morceau qui m’avait marqué est celui que je reprendrai lors de l’hommage à Higelin au Summerlied : il s’agit de « Ce qui est dit doit être fait », un message d’amour à sa fille qui venait de naître. C’est le cri d’un papa heureux. Quand j’avais écouté cette chanson la première fois, j’avais seize ans, mais je me rappelle que j’avais perçu cette puissance de bonheur d’un papa et en même temps cette inquiétude larvée de voir sa gamine débarquer dans un monde fou. Au final, quelques années après, j’ai écrit sur le même thème.

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